Éric Cyr, enseignant en mathématiques
31 mai 2010

Chaque mois, la rubrique " Rencontre du mois " nous fait découvrir un membre du personnel de la Commission scolaire qui nous présente la nature de son travail, ses projets, ses intérêts, ce qui l'anime et encore davantage.

Voici notre rencontre estivale. 
 

« Peu importe ce qui arrive, il ne faut jamais abandonner… »

Éric a commencé sa carrière d’enseignant à la Commission scolaire De La Jonquière en 1994. Natif d’Arvida, comme il se plait à le préciser, Éric a toujours aimé les sciences et l’architecture. Mais comme il excellait en mathématiques, il était tout naturel pour lui de faire un DEC en sciences pures. Il a poursuivi ses études à l’UQAC en Génie unifié, option civil. Dès l’obtention de son BAC en 1990, il a obtenu un contrat d’ingénierie de deux ans pour la construction de l’aluminerie Lauralco à Portneuf. Son mandat consistait à concevoir les plans de l’usine et à superviser les travaux sur le chantier.

«Quand j’étais étudiant, je ne voulais pas faire comme mes parents qui étaient enseignants. J’avais le goût de travailler sur le terrain, partir de rien et voir le produit fini. À mon arrivée à Portneuf, il y avait un champ avec des vaches et quand je suis parti, il y avait une usine qui produisait de l’aluminium. C’est fascinant! Lorsque mon contrat s’est terminé, on m’a proposé un travail dans le Grand Nord. Entre-temps, ma conjointe qui, drôle de hasard, est enseignante, a donné naissance à notre fils. Je voulais être présent pour eux et j’ai décidé de faire un certificat en enseignement des sciences à l’Université Laval. Puis, nous avons eu le mal du pays et nous avons offert nos services à la CSDLJ.»

N’ayant pas de tâche complète à ses débuts, Éric a complété un BAC en enseignement des mathématiques à l’UQAC tout en réalisant différents contrats dans les écoles secondaires. Il a obtenu un poste permanent en 2002.

Éric enseigne trois matières à quatre groupes d’élèves : l’algèbre, la géométrie, les statistiques et les probabilités. Son enseignement est avant tout axé sur les connaissances et la pratique. Dès le début de l’année, il leur parle de l’importance de pratiquer en faisant le plus de problèmes possible puisque l’algèbre et la géométrie ne peuvent s’apprendre par cœur. «Les maths, c’est une matière que les élèves trouvent souvent difficile ou abstraite. Surtout quand on commence l’algèbre et qu’on me pose la grande question : à quoi ça va servir? J’essaie toujours de rattacher les problèmes à des sujets qui les touchent comme un travail de gardiennage ou les scooters parce que plusieurs en ont un. Quand ils se mettent à travailler et que je vois leur visage s’illuminer parce qu’ils ont compris, c’est stimulant. J’en retire une fierté personnelle… Mais, ce que j’aime encore plus dans l’enseignement, c’est le côté humain. Les jeunes se souviennent de nous pendant longtemps. Quand je rencontre d’anciens élèves, ils ont l’air content de me revoir et me saluent avec un beau sourire.»


Savoir composer avec les imprévus de la vie

En 2005, Éric a reçu une nouvelle qui bouleversa sa vie : il a appris qu’il était atteint de sclérose en plaques. Une réalité qui l’a obligé à revoir ses priorités et à modifier sa vision de l’avenir. 

«Le premier épisode de la maladie s’était manifesté cinq ans plus tôt. J’étais en train de jouer au hockey quand j’ai perdu subitement la vision totale de mon œil gauche. J’ai consulté un optométriste qui m’a annoncé que j’avais une tumeur au cerveau. Je suis parti chez moi en pleurant… Puis ce fut la batterie de tests qui se termina chez un neurologue à Montréal. Heureusement, il n’y avait aucune tumeur, mais peut-être une maladie dégénérative. Il fallait attendre que d’autres symptômes se manifestent avant de pouvoir se prononcer.»

Entre-temps, Éric avait retrouvé environ 80 % de sa vision. Le deuxième épisode est apparu il y a cinq ans lorsque sa main droite est devenue complètement engourdie. Une résonnance magnétique a confirmé le diagnostic de sclérose en plaques. Devenu gaucher par la force des choses, il a commencé à rédiger ses notes de cours sur l’ordinateur à la maison pour éviter d’écrire au tableau. «Je faisais des copies de mes notes pour les élèves, mais en géométrie, je n’avais pas le choix et je devais faire des dessins, même s’ils n’étaient pas beaux. La perte de dextérité, c’est ce qui est le plus difficile. Il y a deux ans, c’est ma jambe droite qui est devenue engourdie et cette année, c’est la main gauche. Je peux bouger les mains, mais sans les sentir. J’ai appris à me débrouiller du mieux que je peux avec ça.»


Maintenir un travail de qualité grâce à la coopération et la technologie

C’est lors d’une formation pour les enseignants de mathématiques qu’Éric a pu voir les nouvelles technologies d’enseignement assisté par ordinateur. Grâce à l’accord de la direction d’école et les recherches de Rémi Fortin, conseiller pédagogique, il peut maintenant donner ses cours en utilisant un ordinateur et des logiciels de fine pointe. Ceux-ci lui permettent de choisir les formes dont il a besoin en géométrie en plus d’écrire directement sur l’ordinateur. «Le logiciel reconnaît mon écriture et le retranscrit correctement. L’information est projetée sur l’écran à partir du canon installé en permanence. De cette façon, je peux rester assis et fournir rapidement des informations claires et précises aux élèves. Ils aiment me voir travailler avec l’informatique parce que ça fait partie de leur monde. Ce n’est pas l’enseignant qui écrit le problème et donne la réponse, c’est l’ordinateur… Je leur ai parlé de ma condition au début de l’année et ils sont très respectueux et serviables. Ils ont développé une ouverture à la différence et comprennent à quel point la santé est importante. Il arrive aussi que certains me parlent de gens dans leur famille qui ont des problèmes similaires aux miens.»

Même si Éric a vécu des périodes difficiles, il est toujours resté actif et positif. Pour l’instant, aucun traitement ne guérit cette maladie, mais de nouvelles découvertes d’un médecin en Italie ont ravivé l’espoir de plusieurs personnes atteintes. Certaines recherches semblent indiquer que le problème n’est peut-être pas d’ordre neurologique, mais sanguin. Des expériences cliniques en Italie et en Pologne ont d’ailleurs fait mention de la disparition des symptômes de la sclérose à la suite d’une opération de nettoyage du système veineux.

«Dès que j’ai appris cette nouvelle, j’ai demandé à passer des tests dans une clinique privée à Montréal, car j’ai certains problèmes circulatoires. Des collègues responsables du tournoi Ti-Bi Ball m’ont d’ailleurs remis une somme pour m’aider à débourser les frais de ces examens qui sont dispendieux. Ça m’a beaucoup encouragé à poursuivre les démarches et je pars au Costa Rica en juillet pour passer des tests plus poussés et peut-être avoir une opération. Si je pouvais retrouver 50 % de ma dextérité, je serais très heureux.»

Depuis qu’il a reçu ce diagnostic, Éric a modifié sa notion de l’avenir. Il se sent également très reconnaissant envers la direction et ses collègues de travail qui lui ont facilité la tâche. Sa conjointe et son fils de 18 ans sont également une source de motivation importante. 

«Aujourd’hui, quand j’ai une invitation, je dis oui tout de suite. Avant, je l’aurais peut-être remis à plus tard… L’enseignement est un travail très valorisant qui nous amène à accepter la différence. Quand tu as 32 jeunes devant toi, tu ne peux pas te laisser aller. J’essaie d’être toujours énergique et de bonne humeur pour eux. Même quand il nous arrive des choses difficiles dans la vie, il ne faut jamais abandonner et s’entourer de gens qui nous aiment. Si tu abandonnes, tu te coupes de cette belle énergie positive qu’ils t’envoient. Il faut toujours continuer d’avancer.» 


Par: Johanne Morissette
       Service du secrétariat général et des communications

 


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