Julie Boily, enseignante en adaptation scolaire
1 décembre 2010

Chaque mois, la rubrique " Rencontre du mois " nous fait découvrir un membre du personnel de la Commission scolaire qui nous présente la nature de son travail, ses projets, ses intérêts, ce qui l'anime et encore davantage.

Voici notre rencontre des mois de décembre et de janvier. 


« Être à l’écoute pour voir l’étincelle dans leurs yeux… »

L'enseignant(e) en adaptation scolaire exerce une action éducative corrective auprès d'élèves manifestant des difficultés d'apprentissage, un handicap physique ou intellectuel. Cette fonction exige, entre autres, une ouverture d’esprit et une grande facilité de communication. Mais lorsqu’il s’agit d’un travail auprès d’élèves en déficience profonde comme c’est le cas pour Mme Julie Boily, cela demande de la détermination, un sens de l’observation très développé et beaucoup de créativité. «Chaque élève est différent. Ce qui fonctionne pour un ne fonctionne pas nécessairement pour l’autre. J’ai choisi l’adaptation scolaire pour avoir la possibilité d’expérimenter diverses méthodes d’apprentissage et développer du matériel selon les spécificités de chacun

La future carrière de Julie a été très claire dès son entrée à la maternelle. Elle serait enseignante! Après l’obtention de son baccalauréat d’enseignement en adaptation scolaire et sociale en 1993, elle a été enseignante suppléante dans différentes classes d’adaptation pour des écoles primaires à Chicoutimi et à Jonquière ainsi que soutien à la pédagogie et à l’encadrement. Elle a également travaillé comme éducatrice en foyers de groupe d’adultes supervisés par le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) à Alma. En 2005, elle a obtenu un poste permanent d’enseignante en adaptation scolaire pour une clientèle ayant une déficience profonde. Cette classe unique compte actuellement 14 élèves. Elle est localisée à l’École secondaire Kénogami où des locaux ont été spécialement aménagés.

14 élèves, 14 réalités quotidiennes

Julie et son équipe, composée de deux techniciens en éducation spécialisée et de deux préposés aux soins de base et à l’entretien, partagent leurs connaissances et leur ingéniosité afin de stimuler l’intérêt de leurs élèves tout en veillant à leur bien-être. Il s’agit de sept filles et sept garçons âgés de cinq à vingt-et-un ans dont l’âge mental varie entre deux et 24 mois. La grande majorité d’entre eux ne parlent pas, mais entendent bien. Deux élèves communiquent à l’aide de pictogrammes et du français signé. Ils se déplacent en fauteuil roulant ou avec l’aide d’une marchette. Quelques-uns ont une déficience visuelle importante, mais perçoivent des ombres et des flashs lumineux.

«Comme c’est une clientèle avec un lourd handicap, il faut constamment trouver des moyens pour attirer leur attention et les faire travailler. Certains ont de l’entraînement à la toilette dès leur arrivée. D’autres élèves qui doivent toujours être en fauteuil roulant sont installés sur une planche à station debout. La position verticale apporte plusieurs bienfaits, dont celui de renforcer leur tonus musculaire. Pour ce qui est de la partie enseignement individuel, j’utilise du matériel comme des casse-têtes, des encastrements et des modules de motricité. Nous disposons également d’une salle de stimulation visuelle qui est entièrement peinte en noir avec des lampes à effets spéciaux, des projecteurs, de la musique, du matériel phosphorescent et des encastrements sur des boîtes lumineuses. De cette façon, les jeunes ne sont pas distraits par ce qu’il y a autour. De 10 h 15 à 11 h, c’est l’activité de déplacement avec une période de vélo dans le corridor pour ceux qui le peuvent. Quelques-uns se déplacent en marchette. Les élèves du secondaire réagissent bien. Certains d’entre eux viennent chercher un élève sur l’heure du midi et l’emmènent faire une promenade sur l’étage dans le cadre de leur travail communautaire. Cela leur fait du bien parce qu’ils passent la journée dans un local sans fenêtre. Auparavant, ces jeunes étaient placés dans des maisons sans aucun contact avec l’extérieur. Moi, je veux qu’ils soient vus et connus parce que plus on en sait sur eux, plus on les comprend.»

L’entraînement à l’alimentation fait également partie des apprentissages quotidiens. Une collation est fournie par les parents pour ceux qui peuvent manger par eux-mêmes. Deux préposées du service de garde viennent sur place pour le repas du midi et reviennent de 15 h 10 à 16 h10. Deux après-midi par semaine, il y a une activité de bricolage basée sur la stimulation sensorielle, car seulement deux jeunes dans la classe sont capables de tenir un crayon. Il faut donc les accompagner dans leurs gestes, mettre leurs mains dans la gouache et sur le papier. Des activités comme la massothérapie et la zoothérapie sont organisées à l’occasion.

Pour ce qui est des résultats attendus, l’évolution des élèves n’est pas toujours facile à mesurer étant donné leur état. «Il ne faut pas avoir de grandes attentes à court terme et être très patient. Je travaille avec une équipe extraordinaire. On s’entend bien et on peut échanger des idées. Par exemple, on a conçu des planches de stimulation sensorielle en forme de lions et de coccinelles pour remplacer les planches de plexiglas sur les fauteuils roulants. Cela leur permet de jouer sans rien échapper puisque tout est attaché avec des élastiques. J’ai fait le concept et elles ont été fabriquées par le personnel de l’atelier. On a aussi fabriqué des tabliers avec différentes matières et textures qui ne coûtent presque rien ainsi que des modules stimulant la manipulation. Il faut vraiment être à l’écoute de ces jeunes pour trouver ce qui peut les intéresser, comprendre leurs mimiques ou voir la petite étincelle dans leurs yeux...»

Lorsqu’on écoute Julie parler de sa relation constante avec des enfants ayant un lourd handicap, on ne peut s’empêcher de lui demander comment elle gère l’aspect émotif de la situation. «Je ne ressens pas de pitié pour mes élèves. Ils n’ont pas besoin de ça. Il faut les accueillir comme ils sont, avoir du respect pour leur différence. Ils se présentent à nous avec leurs joies et leurs peines, leur façon personnelle de s’exprimer : en se mordant, en tapant, en criant ou en lançant des objets. Si je les place en retrait, c’est que je n’ai pas compris leur demande. J’ai beaucoup d’empathie pour les parents et j’ai une très bonne relation avec eux. Quand tu dois donner le bain à ton fils de 20 ans avec un levier au plafond parce qu’il ne se tient pas debout, que tu dois le faire manger et qu’il ne fait pas ses nuits comme un bébé, c’est épuisant… Avec l’aide de mes collègues, j’ai développé un agenda adapté qui permet de suivre le développement de leur enfant au quotidien. Avant son arrivée le matin, le parent doit d’abord encercler le pictogramme qui correspond à son état. Est-ce qu’il a bien dormi et mangé? A-t-il été malade? Je dois le savoir pour comprendre son comportement et agir en conséquence. De la même façon, j’indique comment s’est passé sa journée et j’ajoute régulièrement des photos des enfants pendant les activités avec un commentaire. Ils peuvent le voir mécontent ou avec un grand sourire, les deux mains dans la compote de citrouille… Pour eux, c’est beaucoup plus parlant qu’un bulletin

Enseignante et auteure…

Dès le début de son expérience auprès d’élèves ayant différentes difficultés d’apprentissage, Julie a constamment fait des recherches pour concevoir du matériel adapté. Elle est d’ailleurs l’auteure de 33 publications ludiques chez les Éditions Scolartek dont onze sont traduites en anglais. D’autres productions sont actuellement en développement. Il s’agit, par exemple, de jeux de lecture et de compréhension de texte, de livres de référence pour les confusions phonétiques et l’orthographe et bien d’autres. «Quand je travaillais comme aide pédagogique, je prenais du matériel scolaire et je l’adaptais pour qu’il soit plus facile. Je partais avec l’idée que si l’élève travaillait en classe avec la lecture et l’écriture et que ça ne fonctionnait pas, je devais trouver d’autres moyens pour qu’il comprenne. Aujourd’hui, au niveau de la déficience sévère, il faut faire plus qu’adapter. Je dois constamment inventer du matériel parce qu’il n’existe rien sur le marché qui convienne à 100 % pour cette clientèle

Bref, si vous entrez dans la classe de Julie, vous y verrez le résultat concret de sa créativité, de sa patience et de sa détermination. Mais, ce qui est encore plus parlant, c’est l’étincelle qui brille dans ses propres yeux lorsqu’elle nous présente ses élèves.

Note : vous pouvez voir des photos du matériel utilisé dans la classe de Julie ainsi que l’agenda adapté sur le site www.recit02.qc.ca/dip. Site de son éditeur: www.scolartek.com 


Par: Johanne Morissette
       Service du secrétariat général et des communications


Voir les archives
Calendrier
des activités