Milija Ecimovic, enseignant en mathématiques
30 septembre 2011

Chaque mois, la rubrique " Rencontre du mois " nous fait découvrir un membre du personnel de la Commission scolaire qui nous présente la nature de son travail, ses projets, ses intérêts, ce qui l'anime et encore davantage.

Voici notre rencontre des mois d'octobre et de novembre.


« Le courage, ça change beaucoup de choses »

Sous le charme de ma rencontre avec M. Milija Ecimovic, enseignant de mathématiques au Centre de formation générale des adultes De La Jonquière (CFGA), je n’ai pu m’empêcher de partager mes impressions avec certains de mes collègues de travail. Étonnamment, la plupart des personnes à qui j’ai parlé, une secrétaire, une conseillère pédagogique et même l’enseignante de mon fils connaissaient M. Ecimovic. Encore plus fascinant, le verdict est unanime : sa personnalité attachante et sa gentillesse font de lui une personne qui reste gravée dans les mémoires! Voici la petite histoire unique d’un homme de courage.

Originaire de l’ex-Yougoslavie, plus précisément de la région de Bosnie-Herzégovine, M. Ecimovic est arrivé au Québec le 1er avril 1996 à la suite de la guerre qui a eu lieu dans son pays. Très discret sur cette partie de sa vie, il raconte toutefois : « Durant cette guerre, j’ai été séparé de ma femme et mes deux enfants durant trois ans. Eux étaient en Croatie et moi, je suis resté à Sarajevo. C’était très dur. J’ai fait une demande pour immigrer au Canada à l’ambassade du Canada à Vienne en Autriche. » Et pourquoi il a choisi le Saguenay-Lac-Saint-Jean? « Quand j’ai rempli ma demande, il y avait un tout petit endroit où l’on pouvait cocher si on avait une ville de préférence. Comme je ne les connaissais pas, j’ai coché non… Et je me suis retrouvé, avec ma famille, à Chicoutimi! », répond-il en riant. Bien qu’il avoue que l’adaptation aurait peut-être été plus facile à Montréal ou à Toronto, il s’est senti très bien accueilli au Saguenay.

La famille de M. Ecimovic fait partie du premier groupe à s’être installé dans la région avec sept autres familles. Ses enfants ont tout de suite été inscrits à l’école. « Mon fils de 17 ans était en 5e secondaire et dès le départ, il a voulu faire ses devoirs en français bien qu’il ne parlait pas cette langue. Il était très curieux. Je me rappelle son premier devoir. Tous les quatre, on cherchait des mots dans le dictionnaire. Vers minuit, mon fils a dit qu’il avait compris! » Quant à sa fille, qui était âgée de 12 ans à l’époque, elle a terminé l’année scolaire dans une école primaire de son quartier. « Dès septembre, elle a entrepris ses études secondaires. Malgré ses difficultés en français, elle s’ennuyait en secondaire 1 puisqu’elle connaissait les autres matières. Comme je me débrouillais un peu en français, j’ai rencontré l’enseignante et finalement, après plusieurs examens, ils ont classé ma fille en secondaire 2. Seulement quelques semaines plus tard, à la demande de l’école, elle a encore été reclassée et cette fois, en secondaire 3. ». M. Ecimovic et son épouse ont également suivi des cours de français à l’éducation des adultes durant cette période.

« Que vais-je faire maintenant? »

Ses enfants étant bien intégrés dans leur nouveau milieu, M. Ecimovic a commencé à se questionner sur son propre avenir. Comme il a été enseignant en mathématiques dans son pays d’origine durant 20 ans, il se sentait comme un « décrocheur qualifié ». « Moi, ma vie, je l’ai toujours passée dans une école. Je ne me voyais pas faire autre chose, mais je ne me voyais pas enseigner ici non plus ». En 1997, il a débuté les démarches pour obtenir l’autorisation d’enseigner au Québec. Évidemment, l’aspect financier était aussi un problème. « J’ai rencontré un monsieur Tremblay chez Emploi-Québec. Je me suis toujours rappelé son nom! », se rappelle-t-il avec une pointe d’humour. Avec l’aide de cet organisme, j’ai pu suivre une formation que j’ai terminée en 1998. Par contre, M. Ecimovic a eu un peu de difficulté avec l’épreuve de français. « J’ai été invité à me présenter à l’examen une première fois et j’ai échoué. L’année suivante, j’ai échoué une seconde fois. Je n’étais pas vraiment découragé puisque j’étais encore indécis sur mon avenir. Mais je travaillais fort par contre. » Finalement, la troisième tentative a été la bonne. « En 1998, je travaillais dans un restaurant comme livreur. Et une gentille jeune femme, qui travaille présentement à la Commission scolaire comme conseillère pédagogique, était également employée de ce restaurant durant ses études. Elle m’a beaucoup aidé. Elle me faisait faire des exercices sur le coin du comptoir! » M. Ecimovic obtient donc son autorisation d’enseigner en janvier 2001.

« Est-ce que je suis capable? »

En septembre 2003, un moment décisif pour M. Ecimovic. Un premier appel de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay pour un remplacement. Il hésite pourtant se demandant s’il est capable de prendre ce groupe d’élèves du secondaire en charge. Il accepte finalement le contrat. « La personne que je remplaçais m’a donné des conseils, elle m’a beaucoup encouragé. Elle a cru en moi. » Sa motivation à continuer : une élève qui est venue le rencontrer après un cours pour lui dire qu’elle avait maintenant compris la matière. Ce témoignage de l’adolescente a poussé M. Ecimovic à continuer sa carrière d’enseignant.

À la fin de l’année 2003, il fait un premier remplacement au CFGA. « J’ai été très bien accueilli par la direction et par mes collègues. En plus, la clientèle adulte me convient très bien. Ce sont des personnes motivées, qui ont pris la décision de retourner aux études. Je n’ai pas vraiment de discipline à faire et les élèves se sont habitués à mon accent. » Un charmant accent d’ailleurs!

M. Milija Ecimovic est un exemple de courage et de détermination. Il avoue bien humblement que son parcours peut être inspirant pour les jeunes adultes et il espère que son histoire va peut-être motiver ceux qui seraient tentés d’arrêter leurs études. « Je veux faire comprendre à mes élèves que le courage, ça change beaucoup de choses. Le courage a changé ma vie. Je l’ai vécu, c’est très difficile de se trouver un bon emploi sans diplôme. Mes plus belles victoires, je les vis quand je réussis à intéresser les élèves aux études. Des fois je réussis tout de suite, d’autres fois c’est un peu plus long. Mais je veux surtout garder un bon contact avec mes élèves pour les pousser à avancer! »

 

Par Marie-Ève Desrosiers
Service du secrétariat général et des communications

 


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