Jean-Marie Bouchard, enseignant en alphabétisation
1 novembre 2012

La rubrique " Rencontre du mois " nous fait découvrir un membre du personnel de la Commission scolaire qui nous présente la nature de son travail, ses projets, ses intérêts, ce qui l'anime et encore davantage.

Voici notre rencontre des mois de novembre et de décembre.


« Travailler en alphabétisation nous humanise… » 

L’enseignement en alphabétisation représente un défi de taille puisqu’il s’adresse à une clientèle fortement hétérogène. Jean-Marie Bouchard connaît bien cette réalité puisqu’il peut retrouver dans un même groupe des élèves âgés entre 16 et 59 ans. En plus de la différence d’âge, certains d’entre eux amorcent la première étape de l’alphabétisation alors que d’autres sont à la porte du secondaire. Mais au-delà de ces différences, chaque adulte a son vécu personnel avec lequel Jean-Marie doit composer pour les aider à progresser. 

Natif de Saint-Cœur-de-Marie au Lac-Saint-Jean, il a découvert son goût pour l’enseignement lors de sa rencontre avec un immigrant originaire d’Haïti. « Il venait d’arriver au Québec et enseignait la catéchèse. Sa culture et son bagou m’ont ébloui. » Après le secondaire, Jean-Marie a commencé ses études collégiales en sciences humaines. Puis, un besoin de changer d’air s’est fait sentir et il a quitté la région pour la grande métropole. Une expérience qui a peut-être influencé ses choix futurs… « Pour un gars de la campagne comme moi, Montréal représentait une tout autre réalité. J’ai obtenu un emploi en conciergerie à l’Université de Montréal où j’ai côtoyé plusieurs collègues immigrants. Parmi eux, il y avait un Tunisien qui était très amoureux d’une Québécoise. Comme il avait de la difficulté en français, il m’a demandé si je pouvais l’aider. Je rédigeais ses lettres d’amour pendant les pauses... » 

Après un an de dur labeur à Montréal, Jean-Marie a décidé de reprendre les études et s’est inscrit au baccalauréat en théologie à l’Université Laval. Après l’obtention de son BAC en 1975, il a complété une licence en enseignement ainsi qu’un certificat en psychopédagogie à l’Université du Québec à Chicoutimi. « En général, lorsqu’on revient aux études, c’est parce qu’on veut améliorer sa qualité de vie. C’est d’ailleurs une suggestion que j’ai déjà faite à des élèves. Si vous n’avez plus le goût des études, allez expérimenter la réalité du travail. Si vous revenez, vous saurez pourquoi. » 

Après plusieurs années de suppléance, Jean-Marie a accepté une offre de travail en alphabétisation à Larouche en 1984. En partenariat avec la Commission scolaire De La Jonquière et une autre enseignante, il a contribué à fonder le Centre Lettres vivantes. Trois ans plus tard, il a poursuivi son travail au Centre Alpha de Jonquière qui œuvrait en collaboration avec le Centre de formation générale des adultes (Saint-Michel). Puis, le ministère de l’Éducation du Québec a ouvert une section « Alphabétisation » afin de poursuivre le développement de cet enseignement dans les commissions scolaires. 

« L’objectif initial était de rendre les gens plus aptes à fonctionner dans la société grâce à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Nous avons fait de la publicité locale dans les secteurs défavorisés, mais la résistance était forte, car le terme « alphabétisation » avait une connotation négative. Certaines personnes détestent l’école, souvent à cause de souvenirs douloureux, et disent qu’ils n’ont pas besoin de ça. Ce n’était pas évident de les convaincre de venir s’assoir en classe. Un jour, une femme m’a raconté qu’elle avait pris sa décision après avoir expédié une carte de Noël à sa sœur. Celle-ci l’a rappelée pour la remercier et lui a dit : « On a tellement ri quand on a lu ta carte avec toutes les erreurs que tu avais commises. » Une autre dame m’a confié qu’elle était allée inscrire son enfant à la maternelle et qu’elle n’avait pas été capable de remplir le document demandé. Plusieurs jeunes s’inscrivent parce qu’ils n’ont pas réussi leurs examens du MELS. D’autres, plus âgés, reviennent aux études pour obtenir de l’avancement professionnel ou tout simplement pour aider leurs enfants. » 

Des situations difficiles, mais aussi de belles victoires 

L’enseignement individualisé est un incontournable afin de respecter le rythme de chaque adulte. Chacun reçoit du matériel adapté à son niveau. Après les consignes de travail, les élèves peuvent rencontrer l’enseignant pour obtenir de plus amples explications. En plus d’une très grande capacité d’adaptation, l’enseignant doit développer une écoute active et de la compassion pour comprendre le comportement de ses élèves et les aider à progresser. « Je me sens privilégié de travailler en alphabétisation parce que j’enseigne à des adultes qui ont une histoire. Cela nous humanise... On ne peut pas demander à quelqu’un qui vit des contraintes personnelles, familiales ou économiques de s’assoir et d’apprendre. On doit d’abord les écouter. Un jour, en revenant du congé des Fêtes, j’ai demandé à mes élèves s’ils avaient passé un beau congé. Un jeune homme m’a dit qu’il s’était acheté une caisse de bière en cadeau. Il avait passé les Fêtes tout seul. Certains disparaissent sans laisser de trace et on s’inquiète pour eux… Heureusement, il y a aussi de belles victoires. Je me souviens d’un jeune homme dans la vingtaine qui était sans emploi et qui vivait chez ses parents. Il a commencé en alphabétisation de base, malgré les commentaires négatifs de son père qui lui disait que ça ne donnerait rien. Il a travaillé très fort et il a réussi à terminer son secondaire cinq. Dernièrement, j’ai croisé une dame qui ne l’a pas eu facile non plus, mais qui a persévéré. Elle était rayonnante et très fière de me dire qu’elle travaillait comme infirmière auxiliaire. » 

Plusieurs enseignants vous diront que leur tâche ne s’arrête pas en quittant l’école. C’est un travail constant qui exige de la recherche afin de capter l’attention des élèves et maintenir leur intérêt. « Même quand j’arrive chez moi, je continue de penser à eux. Je cherche constamment des solutions pour les aider à apprendre et à réussir, malgré leurs difficultés. Certains élèves se découragent parce qu’ils n’ont pas conscience de leur progression. En composition, je leur propose de faire leur travail dans le même cahier. Après quelques mois, ils peuvent comparer les textes et voir leur évolution. Ceux qui prennent conscience qu’ils apprennent ne décrochent pas.» 

Jean-Marie garde un excellent souvenir de toutes ses années d’enseignement. Il envisage même de faire du bénévolat dans des groupes d’entraide quand il quittera pour sa retraite en 2014.
« Au bout du compte, je crois que j’ai appris encore plus que mes élèves... Si le sourire ou la tape dans le dos que je leur ai donné leur a permis de prendre confiance en eux et d’avancer, c’est déjà beaucoup.»

Par Johanne Morissette
Service du secrétariat général et des communications

 


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